Au matin de ce deuxième jour, le froid est saisissant. J’aurais dû laisser mes vêtements dans le duvet parce qu’enfiler des habits froids quand on a déjà froid, ça donne encore plus froid. Je me fais violence, sors de la tente et marche pour me réchauffer. Je vais voir mes voisines vaches qui m’ont oublié depuis leur déjeuner de cette nuit. Le lever de soleil sur Super-Besse est magnifique. Le petit déjeuner sera simple, un café (il me reste peu d’eau) et un gâteau aux céréales et pépites de chocolat.


La descente entamée la veille se poursuit ce matin et commence par un bosquet très agréable avec ses odeurs de pin frais et la rosée. S’en suit un passage entre deux lignes à haute tension, beaucoup moins agréable. Pour ce passage, je m’imagine que ce sont des remontées mécaniques… il faut faire marcher son imagination. La descente forestière se termine sur une portion de la route qui mène de Besse à Picherande. Puis, à la baraque de Vassivière, je découvre un autre chemin que celui que je m’étais tracé, celui du pèlerinage de Vassivière. Chaque année en juillet, la vierge noire est montée depuis l’Église de Besse-en-Chandesse, en procession jusqu’à la chapelle de Vassivière à 8 km. La redescente, appelée aussi la dévalade, se déroule le dimanche qui suit la Saint Matthieu en septembre. Ce n’est pas par motivation religieuse, mais je choisi de prendre le chemin du pèlerinage qui de toutes manières arrive au même point que le GR4A, le bitume en moins. et puis comme j’envisage de faire le chemin de Compostelle l’année prochaine, ce sera un bon exercice. Le chemin est ponctué d’une quinzaine de croix, à chacune son propre sermon. Le pèlerinage s’arrête à la chapelle qui jouxte un gîte. Sous la chapelle se trouve une source d’eau potable qui arrive à temps pour remplir mes gourdes à sec depuis le café de ce matin.


La montée se faisait dans les prairies, au milieu des vaches, la descente vers la route de Super-Besse aussi. Des Salers cette fois-ci, impressionnantes avec leurs cornes, mais je ne les intéressais pas.
Il commence à faire chaud et je décide de m’arrêter à Super-Besse prendre un double café, re-remplir les gourdes parce que la prochaine étape va être longue avec l’ascension du Sancy et aucun point d’eau avant le Mont Dore. Et c’est parti pour la montée, longue, difficile, glissante avec le gravier qui roule sous les chaussures. C’est à ce moment-là que j’ai béni mon ami Jean-François de m’avoir conseillé de m’équiper de bâtons de randonnée, sans cette aide, je ne sais pas comment j’aurais pu gravir cette montagne. La montée est interminable, pas un randonneur en vue jusqu’à la jonction avec la GR30 au Col du Couhay. Là deux options s’offrent à moi, poursuivre par le Puy de la Perdrix puis le Puy Ferrand, ou poursuivre le GR30-GR4 jusqu’au Col de la Cabanne. Vu le monde sur la crête et que j’avais prévu au départ de suivre le GR30, je choisi de continuer avec l’idée de départ. Mais c’est quand même vertigineux… Il est midi passé, la faim m’impose un arrêt à flanc de montagne à hauteur du téléski du Puy Ferrand. Ça fait du bien ! Le déjeuner se fait avec vue sur les monts du Cantal et j’assiste à un exercice de deux Rafales qui se pourchassent entre les montagnes. Habituellement on les voit du dessous, avec l’altitude, on aperçoit les pilotes. Ici ce ne sont pas les vaches mais les moutons par centaines qui partagent ce vaste terrain de jeu.


Reprise du chemin, prudemment jusqu’au Col de la Cabanne. Il ne reste que 300 m pour atteindre le sommet du Sancy. 300 m de trajet, mais 102 m de dénivelé ! Mais vu l’heure et la fatigue, je pense que je n’aurai pas le temps de monter au sommet et redescendre par le Capucin comme je l’avais prévu initialement. Je choisi donc de couper par la station du Mont-Dore en quittant le GR30, choisissant le GR4E.

La descente est large, gravillonneuse, glissante. Là encore je remercie Jean-François pour le conseil des bâtons, qui soulagent grandement les articulations, surtout les chevilles et les genoux, à chaque pas. La Dore (qui deviendra la Dordogne au Mont-Dore) est à sec. Je ne prends pas le temps de faire le crochet par les nombreuses cascades (Dore, Serpent…) qui sont probablement à sec aussi. Je continue ma descente jusqu’à la station pour m’offrir une bonne bière et remplir les gourdes. Je rejoins le Mont Dore par les chemins qui sont des pistes de ski de fond l’hiver : le chemin des artistes, le chemin des montagnes, le chemin des médecins… Je rentre dans la ville, passe devant le funiculaire du Capucin. En effet je n’aurais pas eu le temps en passant par le Sancy. Il est déjà tard et je dois encore trouver un endroit pour bivouaquer. En ville c’est impossible. Je poursuis donc le GR4E en passant derrière l’établissement thermal, emprunte les escaliers dont l’irrégularité coupe un peu le souffle. Je croise un homme d’un certain âge qui m’interpelle voyant mon équipement, m’assurant que dans sa jeunesse il avait fait le même parcours. Je l’en félicite d’autant plus qu’à son époque le matériel était certainement beaucoup moins confortable que le mien, plus lourd, plus encombrant aussi.

Après les escaliers, une jolie promenade sur les hauteurs du Mont-Dore. Le sentier fait passer derrière les habitations et la pente que les terrains affichent et leur état d’entretien, assurent la bonne santé de leurs propriétaires. En arrivant au bout du chemin, je m’arrête changer les piles du GPS qui ne m’avait presque pas servi pourtant. Un petit chien s’approche de moi, me renifle, rattrapé par sa maîtresse (qui ne me renifle pas, heureusement), une dame âgée qui promenait son compagnon à quatre pattes pour se maintenir en forme. Probablement une riveraine au terrain abrupte et difficile d’entretien. Une longue discussion s’engage sur les paysages somptueux qu’offre sa région. Elle m’assure que j’ai loupé quelque chose de ne pas être passé par le Capucin et me conseille de faire halte au camping municipal, peu cher et accueillant, juste un peu plus loin sur le trajet que je me suis tracé. Je reprends mon chemin, mais il est trop tard pour le camping, il n’y a plus personne à l’accueil. De toute façon, j’avais prévu d’aller dormir près de la cascade du Queureuilh. Je poursuis ma route, me rends à la cascade, mais le bruit m’empêchera de dormir. Je redescends en cherchant désespérément un endroit plat… Je dois me résoudre à monter la tente sur le bord du chemin.

À peine la tente montée, j’aperçois un type un peu hirsute, un sac sur le dos un autre dans les bras, qui monte dans ma direction. Son équipement est dans un bien triste état, les bretelles de ses sacs sont déchirées, les fermetures éclairs ne ferment pas correctement. Lui aussi cherche un endroit pour dormir. C’est un creusois qui se rend à pied à un festival du côté de Vic-Le-Compte où il doit rejoindre des amis qui le redescendront en voiture. Je n’ai pas tout compris et je n’ai trouvé aucune trace du festival dont il m’a parlé. Probablement un festival réservé à quelques initiés dont la notoriété n’a pas besoin des lumières de la presse. Je lui dis que je n’ai pas trouvé d’emplacement plus plat sauf au bord de la cascade, mais que ce serait trop bruyant pour dormir. Il s’y dirige quand même comptant sur le bruit de la chute d’eau pour le bercer. Je ne le reverrai pas avant le lendemain.
Un taboulé fera le repas du soir suivi d’une tisane et d’un petit tour pour se dégourdir les jambes avant de dormir.